Biographie

Retour en 1975. Une animatrice est entrée dans la classe, chargée d'un piano portatif, en bois, comportant environ 30 ou 40 touches. Il s'agissait d'un vieil appareil dont je ne sais comment il fonctionnait exactement. Elle l'avait disposé à l'entrée de la salle de classe. Pendant le cours, j'entendais le son, mais n'arrivait pas bien à voir la démonstration. En sortant de la classe, je suis passé devant ce petit piano, légèrement intrigué, mais sans attirance notoire vis à vis de ce monde qui allait devenir le mien, quelques années après. J'avais environ 8 ans. Puis, deux années plus tard, j'ai le souvenir que mes parents ont souhaité me présenter à un professeur de piano, habitant à côté de chez nous, dans le 20ème arrondissement de Paris. Cette dame avait la cinquantaine, elle venait probablement des pays de l'Est, elle est certainement russe, elle semblait en avoir l'accent et le caractère. J'ai le souvenir de son contact affectueux. Etrangement, elle a commencé à me dire que "l'on joue au piano, comme si l'on disait 'Je t'aime' à sa maman". J'aurais pu commencer mon parcours pianistique par des mots plus rationnels, et cela aurait peut-être changé le cours de ma vie. Il y a tant d'élèves qui ont été traumatisé par leurs premiers cours de piano, par une démarche trop rigoureuse. Moi, j'ai eu le droit à cette phrase qui venait  solliciter l'émotion qu'il me fallait exprimer. Il y a des mots, dits dans le flot hasardeux des phrases, qui restent sans le vouloir, dans la mémoire, et qui sculptent une vie à jamais.

Mes parents n'avaient pas souhaité acheter un piano dans les premiers temps. A l'époque, un beau piano droit coûtait environ 10.000 francs, ce qui représente certainement aujourd'hui une somme d'environ 4000 ou 5000 euros. Il vaut mieux s'assurer que l'enfant aime le piano, avant d'investir une somme pareille. J'ai donc travaillé le piano sur une table, en regardant les feuilles explicatives de mon professeur. L'année passait. Puis, un jour, mes parents sont venus chez le professeur de piano, assister à un cours qu'elle était en train de me donner. Nous avions préparé un petit morceau à 4 mains, avec mon professeur, je sentais bien qu'elle était angoissée à l'idée que je puisse faire une erreur, surtout devant mes parents. Tout s'est bien passé. Mon professeur semblait indiquer à mes parents que j'avais quelques dispositions pour la musique. Quelques semaines après, mes parents m'amenèrent dans un magasin de piano de Montreuil, en banlieue de Paris. En entrant dans le magasin, j'ai aperçu au loin un piano à queue Steinway. Me l'offrir allait devenir un rêve qui germerait dans ma tête, pendant 25 ans. Mais pour l'heure, j'étais déjà très heureux de pouvoir recevoir un piano droit, il s'agissait d'un piano Rameau, modèle Chenonceau, en bois brillant, avec des formes légèrement sculptées à l'ancienne.

1977, avec mon piano Rameau

Le livreur de piano m'avait dit qu'il passerait dans la matinée. Je me suis alors figé sur le balcon de notre appartement de la rue Pelleport à Paris, pour attendre le camion. Plusieurs heures passèrent. Pas camion à l'horizon. Puis, dans le milieu de l'après midi, le camion arriva, le piano arrivait. Grande émotion. Il fut installé dans le bureau de mon père, ce qui fut à la fois un avantage et un inconvénient. Inconvénient car j'avais le sentiment que travailler le piano pendant des heures pouvait gêner la famille, mais avantage car je recevais des commentaires utiles de la part de mon auditoire familial. Puis, la passion a grandi. Ma vie s'est remplie de notes de musique. Un jour, j'ai reçu plusieurs disques en cadeau, des disques de Chopin par Cziffra, Horowitz, ... et l'on m'a offert toutes les partitions associées, si bien que j'ai été amené à lire les Etudes de Chopin, Valses et Ballades, dès le plus jeune âge. Ces ouvrages sont devenus mes livres de chevet. J'écoutais, et je lisais, que cela soit pendant la journée ou avant de m'endormir. Le solfège a été appris principalement par ce biais. J'ai appris les valses 6, 7, 9, 10 de Chopin, à l'âge de 12 ans. J'ai présenté la Polonaise Militaire de Chopin en public, à l'âge de 13 ans. J'ai suivi des cours chez des professeurs particuliers, puis au conservatoire, et mon parcours a continué. 

Pendant mon adolescence, j'ai eu la chance de rencontrer deux autres professeurs, au cours des années qui suivirent, l'un fut l'élève d'Aldo Ciccolini, l'autre d'Alfred Cortot. J'ai donc suivi plusieurs influences, parfois même contradictoires. J'ai ajouté à ce parcours classique, un chemin personnel vers la chanson et les musiques de films. Mes professeurs n'étant pas de ce monde musical, j'ai donc décidé de l'apprendre par moi-même. Au début, j'allais dans les magasins de partitions, lire les partitions de chansons, je passais donc mes après-midi, chez Paul Beuscher, magasin connu du quartier Bastille. N'ayant pas les sous pour acheter toutes les partitions que je voulais, il ne me restait plus comme solution, que de lire la partition et de l'apprendre par coeur sur le moment. Puis, observant que les partitions présentaient souvent des lacunes, j'ai commencé à écrire mes propres arrangements. Ayant grandi dans les années "Johnny Hallyday", j'ai naturellement appris l'intégrale de Johnny, au piano, en me basant sur ce que j'écoutais sur les disques. Puis Sardou, Polnareff, Presley, ... Mon rythme pianistique a diminué lorsque je suis entré en Maths Sup, mais la chance a voulu que le Lycée Chaptal, où je faisais mes études, disposait d'un piano au fond de la salle, ce qui m'a permis de continuer le piano, tout en étant à l'internat. C'est à ce moment que j'ai pu expérimenter, qu'à côté d'un piano, il y a toujours une fille qui regarde religieusement. J'ai longtemps pensé que ces femmes qui immobilisent leur attention devant un piano soumis à l'art du pianiste, sont amenées à être amoureuses de ce dernier, en fait, elles sont plutôt amoureuses du romantisme qui s'en dégage. 

Au Lycée Chaptal, Paris

A partir de l'âge de 20 ans, tout en continuant mes études scolaires, j'ai commencé les soirées de piano-bar, en province, à Paris, dans des centres de thalassothérapie, dans des restaurants, dans des hôtels, ... où j'ai pu rencontrer d'autres pianistes, qui m'ont beaucoup appris. Et les années ont passé. Après les années Grandes Ecoles, j'ai commencé un parcours d'ingénieur puis d'entrepreneur.  Ayant quelque affection pour les mathématiques et l'informatique, j'ai fondé une société d'ingénierie informatique en 1996, qui a eu un essor important. La chance voulut que le siège de ma société était situé proche de la Place de la Concorde, à Paris; ce qui m'a permis de me rendre au Crillon (palace situé sur cette place) de temps en temps, en toute fin de soirée pour rejoindre au piano, le pianiste officiel du lieu, Bernard Bosk. A cette époque, le bar du Crillon était de couleur rouge, orné d'un bar dessiné par le sculpteur César, et complété par un demi-queue Yamaha. Bernard m'a progressivement introduit dans le lieu, puis m'a confié le rôle de pianiste un soir par semaine. (Ces décors font désormais partie du passé depuis la vente du mobilier de l'hôtel en 2013).

Bernard, et le bar du Crillon (1995-1999)

Par la suite, en 2001, toujours au Crillon, j'ai également eu la chance d'organiser un événement musical au sein de la suite Bernstein, au dernier étage du palace. Le compositeur Léonard Bernstein (compositeur de West Side Story, ...) y avait élu résidence pendant quelques années. Après sa mort, l'hôtel y avait laissé sa décoration et son piano.

Elie Drai , Suite Léonard Bernstein, Crillon

Fin 1999, ma société d'informatique comptait 250 ingénieurs. Je poursuivais ma double vie, avec quelques prestations de piano à l'extérieur, mais de manière limitée car ma disponibilité était faible. La chance voulut que le Marché Boursier s'est intéressé à ma société d'informatique. J'ai pu progressivement quitter mes responsabilités informatiques - qui furent également une passion - pour revenir pleinement au piano, et pour enfin retrouver une vie une peu plus normale. J'ai donc eu la possibilité financière d'acheter mon piano de concert, un Steinway D, ce piano que j'attendais depuis le jour où j'étais entré dans ce magasin de Montreuil, à l'âge de 10 ans. Certes, en tant que particulier, un tel piano n'est pas indispensable, un modèle plus raisonnable aurait largement suffi. Mais, je l'attendais depuis si longtemps... J'ai donc eu la chance de poursuivre ma carrière pianistique, qui avait été mise en sommeil pendant les quelques années informatiques. A l'âge de 34 ans, j'ai commencé ma carrière en tant que professeur de piano, en France puis au Luxembourg, puis, en développant les possibilités d'Internet, j'ai poursuivi mon enseignement dans le monde entier.

Avec mon Steinway, en concert à la maison

Ma carrière pianistique s'est alors poursuivie en Israël. Je suis né à Paris, j'ai grandi avec une affection infinie pour la France, je n'imaginais pas, un jour, vivre ailleurs. Ma mère était de racines françaises depuis la nuit des temps, mon père était français, venant d'une famille juive provenant de Tunisie. Par l'histoire que la famille de mon père a connue, j'éprouve un certain lien avec le peuple Juif.

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Cette histoire fut bien sûr présente dans ma vie, mais ne constituait pas une motivation particulière pour que j'aille m'installer un jour en Israël. Mais, à l'occasion de vacances, nous avons appris à connaître ce pays. Puis nous avons aimé la culture, les lieux, la population, la vie locale, et nous nous sommes aperçus que la réalité était bien opposée aux images propagées par les médias présentant ce pays comme un pays en guerre. Nous nous sommes donc installés en Israël début 2006. Par le fait de vivre ailleurs qu'en France, j'ai donc développé l'enseignement du piano par Internet, en y intégrant les technologies nécessaires. Une partie de mon action, en Israël, est consacrée à des actions en faveur des structures éducatives ou sociales : Cliquez ici


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