Faut-il mémoriser ou lire ?

03/02/2020

Bien des élèves, surtout ceux ayant commençé le piano tardivement, ont plus de compétence en mémorisation qu'en lecture de notes. Considérant cette situation, doivent-ils faire confiance à leur mémoire lorsqu'ils travaillent un morceau, ou doivent-ils investir de leur temps à améliorer leur connaissance du solfège ?

Nous allons nous situer dans le seul cas des pianistes amateurs, et non dans celui des professionnels, pour qui la question n'existe pas.

D'emblée, partons de la remarque suivante : Il est certes possible de mémoriser quelques morceaux, encore que ... Pour autant, il n'est pas si facile de tout mémoriser, les notes, les nuances, les respirations, les annotations. En outre, il y a quand-même des limites : Que faire si l'on souhaite maîtriser une dizaine de morceaux ? Peut-on espérer mémoriser 50 pages ? 100 pages ?

Certains élèves ont si peu de connaissance en solfège qu'ils veulent se convaincre qu'ils pourront toujours compter sur leur mémoire. Cette démarche a pour conséquence de consacrer l'essentiel des capacités mentales à la seule fonction de mémorisation, ce qui pénalise la disponibilité d'esprit que l'on doit donner à l'interprétation. Il apparaît donc, que pour de multiples raisons, la mémorisation totale n'est pas souhaitable.

De manière parallèle, il n'est pas envisageable non plus de jouer au fur et à mesure de la lecture, sans compter sur un minimum de mémorisation. D'abord, cela nécessite une facilité de lecture dont peu de pianistes amateurs disposent. Par ailleurs, ici aussi, livrer sa concentration à la seule fonction de lecture, pénalise l'interprétation.

Ainsi, il est bon d'opter pour un juste milieu entre ces deux situations extrêmes, il faut en effet se forcer à lire même si l'aptitude à mémoriser semble être de très bonne qualité, et se forcer à mémoriser même lorsque le niveau de lecture est correct. On pourrait comparer la situation à celle d'un conférencier, qui doit à la fois suivre son discours du doigt, mais aussi l'avoir suffisamment préalablement assimilé pour se permettre d'offrir une prestation fluide et personnalisée.

Ainsi, j'ai pour coutume de proposer à mes élèves, même à ceux qui pensent avoir mémorisé la totalité du morceau, de poser les yeux sur la partition, au moins une fois par ligne, ou une fois toutes les deux mesures, de telle manière à « suivre le curseur » et à ne pas perdre le fil. Faisant ainsi, si la mémorisation faisait défaut en cours d'exécution, ils peuvent retrouver leur position au sein du morceau.

En conclusion, savoir lire est incontournable dans l'apprentissage du piano, le piano sans solfège n'existe pas, et dans tous les cas, la mémorisation a ses limites. En fait, il faut savoir utiliser les deux compétences, solfège et mémorisation, afin d'obtenir un suivi constant de la partition, tout en gardant une certaine disponibilité pour l'interprétation.