Importer le conflit Israélo-Palestinien?

13/08/2019

Toujours intéressé et préoccupé par l'évolution de la civilité française - on parle désormais de "vivre-ensemble", j'écoute les commentaires des analystes politiques, des philosophes, qui se penchent sur les rapports entre la population arabo-musulmane française et la population juive. Les qualificatifs divergent selon les analystes, mais quand-même, une majorité constate une forme de sécession entre différentes parties de la population française. Même l'ancien Président François Hollande, au sein d'échanges qu'il eut avec des journalistes du Monde - ce qui a fait l'objet d'un ouvrage - évoquait la "partition" en cours de la population. Même l'ancien Ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, en quittant son Ministère, évoquait sa peur que les français, qui vivent encore "cote à cote", ne vivent bientôt "face à face". Ces deux personnalités politiques de premier plan sont pourtant de gauche, ils n'ont pas pour habitude d'être alarmistes sur les conditions de co-existence des différentes communautés, au sein de la population française.

Donc, le constat est partagé par presque tout le monde.

Les explications qui sont souvent données par les analystes, pour donner une source à ces tensions entre la communauté arabo-musulmane et la communauté juive - pour peu que l'on puisse, pour les uns et pour les autres, parler de "communauté" - est l'idée que leur opposition serait nourrie par le conflit israélo-palestinien. Il est vrai qu'à écouter certains protagonistes, certains "jeunes de banlieue", c'est bien ce qui semble apparaître. D'un côté, ils vont parler des conditions de vie des Palestiniens à Gaza - pour ce qu'ils en connaissent - , et de l'autre côté, ils vont évoquer les attentats subis par la population israélienne, de manière presque quotidienne. La réalité des difficultés du vivre-ensemble dans les "quartiers" - terme désormais consacré pour parler des banlieues difficiles françaises - serait donc liée à l'importation en France, du conflit israélo-palestinien.

Depuis 11 ans que je vis en Israël, je regarde, je parle, et j'apprends à connaître les gens qui y vivent. Il s'agit d'israéliens juifs y habitant depuis longue date, il s'agit de nouveaux immigrants venant de France, des USA, de Belgique, d'Argentine et d'ailleurs; il s'agit aussi des arabes installés en Israël depuis longtemps, qui ont pu y rester après 1948, et dont le nombre dépasse maintenant le chiffre de 1,5 millions de citoyens. Je parle bien du territoire israélien, reconnu par l'ONU, composé de villes et de villages, habités par des juifs, des musulmans, des chrétiens, et de toutes les nuances de la diversité.

Alors, toujours en quête de compréhension de la réalité, aujourd'hui, 13 Août 2019, je suis allé au centre commercial de ma ville de Zichron Yaakov. Au premier étage de celui-ci, se sont installés des restaurants, et autres boutiques, et notamment une belle salle de cinéma. Devant le cinéma, bon nombre de citoyens et citoyennes musulman(e)s. Au Mc Donald's, même situation. Les populations de toutes religions se croisent, sans un mauvais regard, sans une quelconque tension, sans une voix qui s'élève pour annoncer le début d'une bagarre, sans cri d'enfants - si ce n'est ceux qui jouent au centre de jeux situé juste à côté.

Donc, que faut-il comprendre quand les médias français évoquent la prétendue importation du conflit israélo-palestinien dans le quotidien des "quartiers" français ? Font-ils référence aux quelques kilomètres de frontière où se passent les conflits ? Connaissent-ils la réalité de ce qui est vécu à l'intérieur des frontières israéliennes ? Les journalistes français ne pourraient-ils pas prendre un billet d'avion pour venir à l'improviste dans une ville israélienne, pour en connaître la réalité ?

Question plus profonde, à laquelle je ne trouve pas de réponse : Pourquoi la sérénité du quotidien en Israël, ne peut pas être importée en France ? Quels sont les paramètres qui diffèrent ? Pourquoi, en France, lors d'un match de foot Algérie - autre pays, il y a des heurts, des statues de De Gaulle mises à terre, et pourquoi en Israël, à occasion équivalente, il n'y a pas ces mêmes événements ?

Il ne serait pas si idiot que la France s'inspire du vivre-ensemble israélien.