L'articulation dans Hanon pour l'amateur

23/03/2019

Hanon est un ouvrage presque incontournable dans l'apprentissage du piano. L'amateur aura, un jour ou l'autre, à pratiquer ces exercices, soit en partie, soit en totalité. Pour autant, il faut aborder cet ouvrage avec une réflexion préalable sur l'articulation des doigts qui devra être appliquée. Jusqu'à quel point faut-il articuler ?

L'articulation est le mécanisme qui consiste à séparer l'action de chaque doigt, de telle manière à ce que les doigts ne « collent » pas entre eux. C'est comparable avec ce que l'on demande à un enfant qui apprend à parler, et qui essaie de dire chaque mot distinctement. De la même manière, au piano, cette phase se situe au début de l'apprentissage.

Bien sûr, il faut faire attention à ne pas trop articuler. Sur ce point, j'invite chacun à lire le texte d'Alfred Cortot, co-fondateur de l'Ecole Normale de Musique de Paris, qui dit « Certains professeurs exigent de leurs élèves, dans le travail dit d'articulation, une plus grande dépense de force pour relever le doigt au-dessus du clavier, que pour enfoncer la touche. On nous permettra de nous inscrire en faux contre l'efficacité de ce système résolument antiphysiologique. ». Donc l'articulation n'est qu'une phase, au sein de laquelle il faut faire très attention aux excès. Reprenons la comparaison avec l'enfant qui apprend à parler : A trop vouloir articuler chaque mot, il pourrait en arriver à crisper sa mâchoire. Au piano, à trop vouloir articuler, on pourrait crisper les doigts connexes, ce qui peut avoir des conséquences catastrophiques.

Ainsi, articuler est nécessaire, mais il convient de faire le mouvement minimal, en laissant au repos les doigts qui ne sont pas sollicités. Pour acquérir cette compétence de relaxation des doigts non sollicités, et donc d'indépendance des doigts, il est bon de se référer à l'ouvrage de Cortot « Principes Rationnels de la Technique Pianistique », dont le premier chapitre explique en détail les phases par lesquelles le pianiste amateur doit passer pour accéder à cette compétence. Du reste, on remarquera que les autres ouvrages d'exercices, Hanon ou Czerny (entre autres) n'indiquent rien sur le mode opératoire pour maîtriser l'indépendance des doigts, les exercices sont présentés avec peu voire aucune explication.

Ainsi, faire des exercices, de manière automatique, en grande quantité, sans se soucier du comportement précis de chaque muscle, de chaque articulation, sans doser minutieusement la force de chaque doigt, en esquivant les questions de pré-positionnement, ..., peut s'avérer inutile voire néfaste.

Pour conclure, nous devons retenir que la phase d'articulation, au sein d'un exercice ou d'un morceau, est utile lorsque l'indépendance des doigts n'est pas assez développée. Et, dans tous les cas, l'articulation ne doit pas se faire au prix d'une crispation des muscles.