Quand mettre le métronome ?

22/12/2019

Il est acquis que le métronome est indispensable pour progresser en vélocité, en régularité, mais peut-on définir une expérience minimale à partir de laquelle il est bon voire indispensable de l'utiliser ? L'utilise-t-on pour tous les types de morceaux ?

A partir de quand ?

Lorsque l'élève pose un métronome sur le piano, que ce métronome soit traditionnel ou numérique, il sait qu'il va devoir y consacrer son attention. Celle-ci sera auditive mais aussi visuelle. Il sait en outre que sa concentration ne pourra pas faiblir et qu'à chaque instant, le battement devra être concordance avec ses doigts. Il s'agit donc d'un paramètre majeur de l'enseignement du piano, par le fait qu'il nécessite une disponibilité mentale substantielle, précise et permanente.

Ainsi, la question revient à se demander : A quel moment dans l'apprentissage peut-on se permettre de consacrer une partie de sa concentration à un paramètre extérieur ? Pour quel bénéfice ? A quel prix ?

Consacrer une partie de son attention au métronome, c'est prendre le risque d'abaisser sa concentration vis-à-vis d'autres sujets : Le respect des notes, le respect des doigtés, la qualité du legato, l'indépendance des doigts, le repos des doigts, la concordance des deux mains, ... tant de notions qui sont étudiées dès les premiers mois. L'importance primordiale et la difficulté de toutes ces notions n'autorise pas que l'on puisse prendre le risque d'ajouter une obligation supplémentaire, celle de devoir suivre le métronome. C'est la raison pour laquelle, il n'est pas souhaitable d'imposer à l'élève débutant, la rigueur du métronome.

Mais, il n'y a pas de règle qui vaille pour tous, il convient de traiter chaque cas en fonction du réel et non en suivant un quelconque dogme prédéfini.

Le critère essentiel est le cas spécifique que constitue l'élève en question. Il n'est pas très exagéré que de dire qu'il y a autant de démarches pédagogiques qu'il y a d'élèves. Certains élèves ont une capacité particulière à pouvoir, très tôt, intégrer le métronome dans leur apprentissage, si bien qu'il n'est pas inutile, même très tôt, de faire quelques essais afin d'évaluer s'il perturbe ou non la qualité générale.

Bien souvent, il sera observé qu'il est préférable de reporter l'utilisation du métronome après une première prise en main des concepts fondamentaux du piano, ce qui peut se faire après six mois ou un an d'expérience. En effet, dans les premiers temps, beaucoup d'élèves se montrent pénalisés par la présence d'un battement régulier, par le son, par le clignotement lumineux, ou par le balancement d'une tige métallique ; il n'y a donc aucune urgence à forcer les choses.

Cette rigueur temporelle est vécue comme une contrainte pour la simple raison que le temps est l'une des plus grandes inconnues pour l'être humain. L'homme qui se perdrait dans une grotte, sans montre, pendant plusieurs jours, ne saurait plus si c'est l'heure du plein jour, ou de la nuit noire. Les émotions sont en outre, des vecteurs qui donnent l'impression de dilater ou de contracter le temps. Une émotion musicale, d'autant plus quand elle est vécue par celui qui la génère, fait perdre la notion du temps, si bien que l'on voit nombre d'élèves absorbés par le plaisir de jouer, à un point tel qu'ils en oublient le monde extérieur, dans lequel le métronome n'a pour eux qu'un rôle très accessoire.

Il est donc pertinent d'attendre quelque peu avant d'utiliser le métronome, il faut préalablement que les fondements pianistiques soient compris et en partie assimilés, et que l'esprit soit disposé à prendre le dessus sur l'émotion.

En conclusion sur ce point, on peut dire qu'il est bon de faire quelques essais, dès le début, afin de tester l'intégration du rythme chez l'élève, mais, de manière générale, il est très fréquent de devoir attendre plusieurs mois, avant d'imposer le métronome de façon régulière.

Se tester soi-même ?

L'élève débutant peut-il s'auto-tester ? Dans les premiers temps, bien souvent, l'élève perd l'exactitude du rythme au bout de quelques mesures. L'élève met le métronome en marche, compte éventuellement les temps de manière orale, puis commence à jouer. La première mesure sera à la bonne cadence, la deuxième a une chance de l'être également, mais, à la troisième mesure, le rythme sera perdu. Si bien, qu'au cours de l'exécution, il est difficile pour l'élève normalement doué de contrôler le bon respect du métronome. Surtout dans le début de l'apprentissage. Il ne faut donc pas hésiter à s'enregistrer, en audio ou vidéo, en se limitant à quelques mesures, pour vérifier, après coup, la qualité de la prestation rythmique. Jouer plusieurs lignes, voire une ou deux pages, n'a pas d'utilité, les premières mesures suffisent à s'auto-tester.

Toutefois, l'expérience montre que ce procédé a ses limites, il n'y a guère qu'une oreille extérieure, celle du professeur, qui permet d'identifier les moments où l'élève est en avance ou en retard par rapport au métronome.

Sur quels morceaux ?

Il y a quantité de morceaux où le métronome est à éviter. On ne peut imaginer obéir à un rythme immuable lorsque l'on joue une chanson romantique, un Nocturne de Chopin, et des morceaux équivalents. Même si, il pourra être pertinent, sur certaines zones de ces morceaux, celles présentant des motifs réguliers, de l'utiliser.

Ainsi, il est clair que le métronome doit être affecté aux morceaux présentant des motifs stables, ce qui concerne principalement les exercices, et une partie des morceaux classiques. Les exercices Cortot, Hanon, Czerny, ... doivent absolument, et dès le début de leur pratique, être exécutés avec la présence rigoureuse du métronome. Il en sera de même pour des morceaux comme la Marche Turque de Mozart, ou comme une polonaise de Chopin.