Rechercher, d’emblée, la vitesse optimale

23/02/2020

Quelle est la bonne méthode pour acquérir la vélocité ? Une première démarche consiste à étudier un morceau en entier, puis à lui appliquer progressivement un rythme plus soutenu ; une seconde démarche consiste à se limiter au travail d'une seule mesure, et d'attendre d'avoir atteint la vitesse maximale avant de passer à la mesure d'après. Quelle logique adopter ?

Je crois que l'on peut affirmer que la méthode utilisée par presque tous les professeurs de piano, consiste à faire étudier à l'élève, un nombre important de mesures, voire tout un morceau, d'abord lentement, puis à faire évoluer le battement du métronome, petit à petit, sur l'ensemble de ce qui a été appris.

Essayons d'évaluer le bien-fondé de cette démarche. Un morceau est souvent constitué de zones techniquement très différentes. Prenons un exemple :

Si l'élève travaille les trois lignes présentées ici, il va donc travailler une première zone incluant des formes d'arpèges présentant des particularités assez difficiles (cadre bleu), puis une zone d'accords aux deux mains (cadre violet), puis une zone bien différente des deux premières, avec un motif stable à la main gauche et une mélodie main droite incluant des notes tenues (cadre rouge). Une fois toutes ces zones suffisamment bien apprises à vitesse lente, l'élève va vouloir augmenter la vitesse, et va donc appliquer cette progression à l'ensemble de ce qui a été appris.

Or, certaines zones sont plus difficiles que d'autres, la progression de vélocité ne pourra être affectée uniformément sur l'ensemble des trois lignes. Soit l'élève fixera sa vitesse sur la partie la plus difficile et s'interdira d'explorer des vitesses plus élevées qui pourraient être atteintes dans la partie plus facile, soit l'élève fixera sa vitesse sur cette dernière au risque d'aller bien trop vite pour correctement jouer la partie difficile.

Le raisonnement s'applique à un ensemble de lignes, mais peut tout aussi bien s'appliquer à un petit ensemble de mesures. Nous voyons aisément que cette démarche pose des problèmes de cohérence, et surtout d'efficacité. Mais, si elle est pourtant si souvent utilisée, c'est qu'elle présente l'avantage psychologique d'amener l'élève à avoir le sentiment d'étudier une partie substantielle du morceau et non une portion très réduite.

La démarche opposée consiste au contraire à s'intéresser qu'à un petit groupe de mesures, parfois même une seule mesure, et à la travailler jusqu'à la perfection. A répéter très sérieusement quelques groupes de notes, l'élève en découvre rapidement toutes les subtilités, les meilleures solutions, les instants où les doigts peuvent se relâcher, ..., et accède ainsi, assez rapidement, à une bonne vélocité sur la zone considérée. Bien évidemment, l'écueil de cette démarche est lié au fait que l'élève, pendant une certaine durée, a l'esprit uniquement livré à quelques notes, et ne voit rien du reste. Ce mode de travail nécessite beaucoup de discipline, de volonté, et de patience. Il est difficile d'inscrire l'élève débutant dans cette logique, tant son envie sera grande de vouloir, d'emblée, aborder tout le morceau, même s'il sait bien que tout ne sera pas parfait.

Egalement pour des raisons psychologiques et relationnelles, on imagine mal un professeur cherchant à justifier devant son élève, que toute l'heure du cours a été consacrée à seulement une dizaine de notes.

Conclusion

La méthode la plus efficace est celle qui consiste à se concentrer sur un petit groupe de notes, jusqu'à atteindre la perfection, avant d'étudier le groupe de notes suivant. Et c'est le phénomène que l'on observe dans d'autres domaines : Quelle est la meilleure méthode pour apprendre le Présent, l'Imparfait, le Passé Simple, le Futur, le Conditionnel, ... ? Est-ce que l'élève va étudier toutes les conjugaisons à la fois, ou l'une après l'autre ? L'élève apprend-il à additionner, à soustraire, à multiplier et à diviser, en même temps, ou un opérateur après l'autre ?

L'efficacité s'obtient dans l'étude fine et précise. Mais à la différence des mathématiques, la musique génère chez l'élève, un imaginaire et une envie le portant à vouloir tout aborder en même temps, car au final, « cela donnera toujours quelque chose », s'approchant plus ou moins du morceau tel qu'il doit être joué.

Il est difficile de s'astreindre à ne regarder qu'une pièce de puzzle, lorsque l'on sait la beauté du paysage telle qu'elle sera, une fois les pièces assemblées.