Une tendinite ? ... Attention !

03/02/2020

Un élève m'a, un jour, posé cette question : « Vous dites que deux ou trois minutes par jour suffisent pour avancer dans les exercices, je joue à peu près deux heures par jour, pensez-vous que c'est trop pour progresser ? J'ai depuis quelques jours une vilaine tendinite, est-ce à cause de la position des mains ou est-ce parce que je joue trop longtemps ? »

La douleur peut-elle être justifiée ?

Le fait de jouer longtemps ne peut justifier une douleur. S'il existe une douleur, c'est que le geste pianistique est mal réalisé, et qu'il ne sert à rien de poursuivre. On doit pouvoir jouer l'intégrale des Etudes de Chopin, sans ressentir une quelconque douleur.

De nombreux pianistes amateurs que j'ai rencontrés ont fait état de telle ou telle douleur, aux doigts, aux mains, aux épaules, et semblaient accepter la situation. En somme, les douleurs n'étaient pas à ce point vivaces pour justifier une remise en cause de leurs gestes pianistiques. Ils pensaient que cela faisait partie des conditions de l'apprentissage. Le piano semblait chez eux, être considéré comme une forme de combat, avec ses règles et ses lois, dont celles de susciter le courage, et d'admettre les séquelles éventuelles. Cette conception du rapport à l'instrument peut s'expliquer par la culture sportive dans laquelle, bien souvent, il est dit que pour devenir un grand sportif, il faut accepter d'avoir mal. Certes, mais le piano n'est pas un sport.

Au cours de l'exécution pianistique, il est possible que l'organisme chauffe quelque peu, les doigts, les articulations, ..., c'est tout à fait normal, mais la douleur doit être le signal d'un arrêt immédiat et d'une ré-analyse des gestes.

Il faut être conscient que certaines mauvaises positions peuvent amener l'élève à l'hôpital, et qu'il n'est absolument pas question de sous-estimer le problème. Un siège trop haut, des bras qui tombent, des épaules qui ne sont pas au repos, des poignets qui se crispent, et la situation peut rapidement mal tourner. Insistons sans cesse pour dire que la douleur, et à fortiori la crampe, doit immédiatement prononcer la mise au repos.

Quelles sont les causes des douleurs ?

Certaines viennent d'être citées.

Un siège trop haut amène à ce que les avant-bras réalisent un angle trop grand avec la ligne horizontale, ce qui conduit les mains, en compensation, à réaliser un angle trop brutal au niveau du poignet. Les crampes se manifestent alors rapidement.

Les épaules ne doivent pas être sollicitées par un effort qui consisterait à porter les bras au-dessus de leur situation de repos naturel. Un effort soutenu, dans la durée, consistant à laisser les épaules en position haute peut rapidement être douloureux.

Les douleurs les plus fréquentes viennent d'un défaut du repos des doigts et d'une mauvaise compréhension de certains gestes pianistiques. Il peut d'agir de la présence de gestes perturbateurs, d'un manque d'élasticité, d'un mauvais passage de pouce, ceci s'appliquant aux gammes, aux arpèges, mais aussi à quantité d'autres motifs pianistiques.

Les premiers désagréments viennent des gestes perturbateurs, c'est-à-dire des mouvements des doigts non sollicités, des mouvements non désirés : Un doigt se lève, alors que rien ne l'exige, un pouce part dans une direction quelconque sans justification. On remarquera par exemple, dans bien des vidéos d'amateurs publiées sur Youtube, quantité de cas où le pouce reste en hauteur au-dessus du clavier, sollicitant ainsi, en permanence, les muscles concernés. Faisant ainsi, le pouce prend malheureusement l'habitude de ne jamais être au repos.

Des désagréments plus sévères apparaissent lors des gammes et arpèges, on observe trop fréquemment que le geste du passage de pouce n'est pas correctement réalisé. Bien souvent, l'élasticité du pouce n'a pas été suffisamment travaillée, ce qui amène le poignet à réaliser une rotation pour compenser l'insuffisance du pouce. Faisant ainsi, le poignet est alors sollicité en rotation, alors qu'il ne devrait pas l'être.

Des défauts encore plus dommageables apparaissent lors de l'exécution d'extensions, pour aller chercher une note assez éloignée. On observe bien souvent des efforts inconsidérés pour forcer des écartements préjudiciables aux doigts et aux mains. Cela est comparable, par exemple, à une personne qui voudrait réaliser le grand écart, en imitation d'un danseur professionnel, alors qu'il n'en aurait pas l'entrainement. On peut imaginer les dégâts que cela causerait. Il en est de même avec le piano. Le travail d'élasticité nécessite une démarche pédagogique sur le long terme.

Les solutions ?

Le geste pianistique nécessite une pédagogie très précise. L'ouvrage le plus explicatif sur le sujet est celui d'Alfred Cortot « Principes Rationnels de la Technique Pianistique ». Le premier chapitre traite de l'indépendance et du repos des doigts, le deuxième chapitre traite du passage de pouce et de ses applications. L'ouvrage comporte également tous les autres chapitres de l'univers pianistique (l'élasticité, le rôle du poignet, la polyphonie, ...). Etudier cet ouvrage constitue une bonne démarche d'apprentissage, à condition d'être accompagné par un professionnel du sujet.


Voici une question posée par un internaute, avec ma réponse :